C’est une femelle, elle n’a qu’à réparer les bobos dans les hôpitaux! Ca tombe bien, Marie a fait des études de médecine: la voilà donc infirmière chef dans un hôpital à Nancy. Sagement, pendant deux ans et demi, elle soigne, nettoie, panse, coud, recoud, rafistole et console toutes les gueules cassées de la région.
Et puis, un matin, elle n’y tient plus. Avec la complicité de quelques militaires moins butés que la moyenne, elle se déguise en homme et intègre le 42eme bataillon de chasseurs à pied sous le nom de Beaulieu. Elle l’a voulue, sa guerre de tranchées? Elle l’aura: 47 jours en première ligne à subir le sifflement des obus, la peur qui déchire les ventres, les rats, les poux, le sang et les entrailles des camarades qui explosent sous vos yeux, l’innommable, l’horreur absolue. Jusqu’à ce jour fatidique où son identité est démasquée, comment, sans doute une mèche de cheveux qui s’échappe de sous son casque. Trahie par une dernière coquetterie, elle qui s’en souciait si peu…
Le Maréchal Foch l’envoie sur le front italien dans les Dolomites, où elle sera infirmière et correspondante de guerre: elle en profitera pour transporter des blessés à ski. Le ski, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.
Après la guerre, elle se lance à fond dans l’aviation sanitaire – elle a même créé le premier avion ambulance dont le brevet lui sera piqué… par un homme, un politique en plus – se passionne pour le Maroc, participe à des expéditions en Mauritanie et en Algérie, bricole un ski conçu pour le sable, écrit des articles, est nommée chevalier, puis officier de la légion d’honneur. Des médailles, elle en aura collectionné toute sa vie: 34 au total, ce qui fait d’elle la femme la plus décorée de France.