Dans un excellent podcast de France Inter *, Martine Lacout raconte l’histoire de son grand-oncle: quand elle était petite, personne ne voulait lui dire où il était mort pendant la guerre. Jusqu’à ce qu’un voisin vende la mèche: fusillé pour l’exemple.
Pourquoi ce silence? Parce que la famille avait honte de l’ancêtre défaillant.
Alors tous les 11 novembre, dans son village d’Aydius (Béarn), Martine allait déposer une rose à côté de la gerbe offerte par le maire. Jusqu’à ce que le maire lui demande pourquoi. Un brave homme, ce maire. Il a fini par faire graver le nom du grand-oncle sur le monument à côté de ses camarades. Et Martine en a pleuré de reconnaissance.
Des hommes bien aussi, ces deux députés qui ont déposé une proposition de loi pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple: Fabien Lachaud ( LFI) et Philippe Gosselin (LR). Le premier sans doute parce qu’il est professeur d’Histoire, une matière qui évite d’avoir la truffe au ras de la motte de terre, mais autorise une vision d’ensemble du champ; le second parce que son propre grand-père, officier de réserve, avait tenté en vain d’assurer la défense de quatre malheureux, promis au peloton. Encore réussit-il à obtenir leur réhabilitation en 1934. Mais comme tous n’ont pas eu cette chance, nos deux députés ont voulu faire avancer les choses.
Plus d’un siècle après cette injustice, le 14 janvier 2022, ils ont obtenu gain de cause à l’Assemblée nationale, par 39 voix contre 26 et 9 abstentions (oui, il n’y a avait pas beaucoup de monde ce jour là dans l’hémicycle, l’hiver, le froid, la pluie qui mouille…). 14 janvier 2022: enfin!
Ne vous réjouissez pas trop vite: le parcours du combattant ( jamais si bien nommé), n’est pas terminé! Reste le Sénat, assemblée de ceux qu’on appelle les Sages.
Vous savez quoi? Il a fallu plus d’un an aux «Sages» pour refuser la proposition de loi, le 3 février 2023: 218 contre, 113 pour. Plus de monde quand même ( c’est très bien chauffé, le Sénat, et la cantine est excellente). Argument invoqué, a dit l’un d’entre eux ( dont personne ne m’en voudra si j’ai oublié le nom): «Il ne faut pas réécrire l’Histoire ou la juger».