Biarritz et Nathalie, so chic!

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Quand deux raconteuses d’histoires se rencontrent, que font-elles? Elles papotent. Et de quoi? Avec Nathalie Beau de Loménie, d’histoires de mode. Moi, d’habitude, la mode n’est pas trop ma tasse de thé: les fanfreluches, les longueurs d’ourlet, les couleurs qu’il faut porter ou pas, ça m’ennuie. Excepté quand il s’agit de la mode à Biarritz, de Biarritz à la mode. De l’histoire de la mode à Biarritz. De la mode qui rencontre l’Histoire en racontant celle de Biarritz. Là, je suis toute ouïe.

Nathalie, pourquoi avoir écrit sur Biarritz et la mode? Toi, tu bosses plutôt dans le tourisme, non?

Tout à fait. Mais je suis biarrote jusqu’au bout des ongles. Mon livre est un hommage à ma grand-mère, Germaine-Long-Savigny, qui tenait une maison de couture à Biarritz  dans les années 30 et en a même ouvert une autre à Paris. Elle a eu jusqu’à 160 ouvrières, ce qui n’est pas rien. Elle était alors en concurrence avec les grands noms de la couture, les Coco Chanel, Jeanne Lanvin, maison Worth

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Pourquoi y avait-il autant de grandes maisons de couture à Biarritz?

Depuis le Second Empire, une clientèle richissime se retrouvait à Biarritz. Ce phénomène a continué pendant les Années folles, entre les deux guerres: à l’époque, on faisait la fête tous les soirs, on changeait de tenue trois fois par jour au minimum. Tous les grands noms de la couture, basés à Paris, suivaient donc leur clientèle à Biarritz pendant la saison. Ma grand-mère a fait l’inverse: elle a d’abord ouvert sa maison à Biarritz, puis une annexe à Paris. Les couturiers faisaient travailler les Biarrotes, réputées pour leur habileté: elles avaient l’habitude de repriser les voiles et les vêtements de travail des pêcheurs, de transformer les fanons de baleine en corset.

Ta grand-mère, elle, a commencé comme mannequin?

Elle a participé en 1920 au premier concours de maillots de bain, sur la plage du Miramar: la gagnante fut Agnès Souret, une Basque d’Espelette, la première Miss France. Quant à Germaine, elle a quand même été deuxième…

Elle a eu des grands noms dans sa clientèle?

Elle a habillé la princesse Wagram, Madame Blériot, Madame Louis Renault, la famille du Prince de Galles, la comtesse de Paris. C’est elle aussi qui a fait les costumes de poules et de coq de la pièce Chanteclerc d’Edmond Rostand, un grand amoureux du Pays Basque. Et si Coco Chanel a inventé la marinière en s’inspirant des costumes de marins, Germaine a adapté la large ceinture des bergers basques pour en faire un accessoire de mode indispensable. Elle est aussi la première à avoir l’idée de clouter les vêtements.

Ton livre fourmille d’anecdotes, plus incroyables les unes que les autres.

Ma grand-mère aimait beaucoup les raconter. Aujourd’hui, on a du mal à imaginer cette époque. Dans son salon, une marquise et sa fille avaient l’habitude de se promener nues pendant les essayages; quand le chauffeur venait les chercher, elles tardaient à se rhabiller: «Aucune importance, les domestiques ne sont pas des hommes» prétextait la mère. Une cliente faisait assortir les tenues de son chien aux siennes, jusqu’à 84 chacun par mois. Celle-là gardait un petit caïman dans sa baignoire. Mais la palme d’or revient à cette femme du monde, qui se faisait coudre ses robes du soir à même la peau, sans bouton ou fermeture. «Mais comment allez-vous faire pour l’enlever?» demanda un jour ingénument une couturière. «Je trouverais bien un amant de passage pour me l’arracher».

Aujourd’hui, on retrouve encore à Biarritz des souvenirs de ces Années folles. Tu en as fait un circuit touristique?

Oui, autour de l’avenue de l’Impératrice, où Paul Poiret avait sa maison, tout comme Jean Patou et Pierre Orossen, un Landais qui se faisait passer pour un Ecossais et qui a créé l’ancêtre du smoking; ensuite la plage du Miramar, puis la place Clémenceau, où Coco Chanel avait ses ateliers, à côté de la librairie Bookstore, tout comme Jean Patou mais de l’autre côté de la place, en face du célèbre salon de thé Miremont, là où Rostand disait qu’à l’heure du thé il y avait moins de gâteaux que de reines. Aujourd’hui, l’atelier est une banque, mais il y a toujours la petite porte que s’était fait aménager Jean Patou pour pouvoir s’éclipser incognito, quand lui prenait l’envie de rejoindre une de ses maîtresses ou échapper à une autre. C’était un grand séducteur!

Biarritz et la mode, Nathalie Beau de Loménie (28€). Visites de Biarritz en mode haute couture avec Biarritz élégance

Écrit par : Sophie Denis