Pourquoi George Sand serait-elle donc la huitième femme ( pour 76 hommes) à entrer au Panthéon, après Marie Curie, Sophie Berthelot (elle, c’est à titre «d’épouse de» Marcelin le chimiste) Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Simone Veil, Joséphine Baker et plus récemment Mélinée Manouchian?
Parce qu’elle écrivait furieusement. Pour défendre la République, les femmes et la Nature.
Furieusement, parce qu’elle a composé 70 romans et nouvelles, 26 pièces de théâtre, une autobiographie et 45000 lettres, échangées avec le gratin de l’époque. Ce qui n’a pas empêché l’officier d’état-civil d’écrire sur l’acte de décès, en face de profession: sans. Passons. Elle écrivait tant qu’elle était traitée de «vache à romans» par ses nombreux détracteurs, ceux-là même qui admiraient l’oeuvre prolifique de Balzac. Passons à nouveau.
Furieusement, parce qu’elle s’est lancée à corps perdu dans la politique. Déjà sensible aux idées républicaines, George poursuit son initiation avec l’avocat Michel de Bourges, qui la défend dans le procès qui l’oppose à son mari, en même temps qu’il la convertit aux idées socialistes. Elle continue son apprentissage avec Pierre Leroux, philosophe et théoricien du socialisme, devient amie avec Louis Blanc, correspondante de l’anarchiste Bakounine en exil et du patriote et révolutionnaire Mazzini. En 1843, scandalisée par le sort d’une jeune paysanne simple d’esprit, Fanchette, que les religieuses de La Châtre ont abandonnée en rase campagne, la condamnant aux pires rencontres – dont elle revient évidemment violée et enceinte – , elle écrit son histoire et lance un journal local, L’Eclaireur de l’Indre, pour publier son récit et dénoncer la lâcheté des notables. Pendant la Révolution de 1848, elle applaudit à la chute de la monarchie et s’engage dans la deuxième République: son échec est pour elle une douloureuse désillusion et la pousse à se replier sur Nohant, pour se consacrer à la défense du monde paysan dont elle va se faire la porte-parole. Ce qui ne l’empêche pas en 1852 de plaider la cause de ses amis républicains emprisonnés et de demander l’amnistie générale auprès de Napoléon III: évidemment, il ne la lui accordera pas.
«L’ouvrier et le paysans sont deux hommes du même coeur et du même sang» dit celle qui est pourtant la fille d’un descendant du maréchal de Saxe et d’une modiste de Paris. Elle a choisi le peuple et déteste les bourgeois qui le lui rendent bien: ceux de la Châtre veulent brûler sa maison de Nohant, la traitant de «communisque». A l’époque, des caricatures la représentent vêtue d’un pantalon rouge, pistolets à la ceinture, ou grimée en sorcière (quand le Berry vous colle à la peau!).
Je vais suivre ce conseil.
Parce que « La mare au diable » j’ai adoré, mais c’était il y a très très longtemps